Adolescents, écrans, TikTok : et si le vrai problème était la disparition de l’ennui ?

Adolescents utilisant l'application TikTok sur smartphone, illustration du rapport aux écrans et de l'ennui.

À Perpignan, beaucoup de parents me disent en consultation :

  • “Il passe son temps à scroller.”
  • “Elle ne décroche plus de son téléphone.”
  • “On ne peut plus le laisser seul sans écran.”

Quand on demande à l’adolescent pourquoi il reste autant sur TikTok ou Instagram, la réponse est souvent : “Pour rien.” Et il ne ment pas. Ce “rien” est peut-être le vrai sujet.

Le vrai bouleversement : la fin du vide

Autrefois, l’ennui faisait partie du quotidien. On attendait. On traînait. On regardait par la fenêtre. On inventait. Aujourd’hui, le moindre moment creux est immédiatement rempli :

  • Un silence → téléphone.
  • Une attente → réseaux sociaux.
  • Un inconfort → distraction.

L’adolescent de 2026 grandit dans un environnement où le vide n’existe presque plus. C’est là que se joue une partie essentielle de son développement.

Pourquoi l’ennui est fondamental à l’adolescence

L’ennui n’est pas un problème éducatif, c’est une étape de construction. C’est dans ces temps “vides” que l’adolescent :

  1. Développe sa créativité.
  2. Construit sa pensée personnelle.
  3. Apprend à supporter la frustration.
  4. Se confronte à lui-même.

Sans espace intérieur, il devient difficile de se structurer. Or, le scroll permanent empêche cet espace d’exister.

Le saviez-vous ? Passer des heures sur les réseaux sociaux ne signifie pas toujours un mal-être grave. Souvent, il s’agit simplement de fuir l’inconfort de la lenteur.

Quand faut-il réellement s’inquiéter ?

Ce n’est pas le nombre d’heures qui doit alerter, mais l’impact global sur la vie du jeune :

  • Troubles du sommeil et irritabilité.
  • Isolement social réel.
  • Perte d’intérêt pour toute autre activité.
  • Incapacité à rester 10 minutes sans écran.

Comment réintroduire l’ennui (sans conflit permanent)

1. Installer des règles logistiques, pas émotionnelles

Moins de débat, plus de cadre simple : pas de téléphone dans la chambre la nuit, coupure Wi-Fi à heure fixe, et repas sans écrans (parents inclus). Ce sont des règles d’organisation, pas des négociations.

2. Créer des moments « naturellement » vides

On ne dit pas : “Ennuie-toi.” On crée des contextes : marcher ensemble, petits trajets sans écouteurs, activités simples partagées. L’ennui est plus supportable quand il est vécu à plusieurs.

3. Parler d’énergie plutôt que d’heures

Les adolescents s’ouvrent davantage quand on parle de ressenti : “Comment tu te sens après ?”, “Ça te vide ou ça te nourrit ?”. On l’aide à observer son propre état plutôt qu’à se justifier.

Accompagnement à Perpignan : Apprendre à s’ennuyer pour apprendre à penser

Le véritable enjeu aujourd’hui n’est pas d’éliminer les réseaux sociaux, mais d’apprendre à exister sans validation immédiate.
Dans mon cabinet à Perpignan, j’accompagne les adolescents et leurs parents autour de la régulation émotionnelle et de l’autonomie psychique. Apprendre à ralentir, c’est commencer à devenir soi.


Sources et références :

  1. Winnicott, D. W.La capacité d’être seul. Un concept clé sur la construction de l’espace interne chez l’enfant et l’adolescent.
  2. Cyrulnik, B. – Travaux sur la stimulation précoce et l’importance des temps de pause pour la neuroplasticité.
  3. Études de l’Arcom (2024-2025) sur les usages numériques des 13-17 ans et l’économie de l’attention.

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